Mon interview au Petit Journal de Varsovie 22.05.17

Après les élections présidentielles, place aux législatives qui se tiendront, pour les Français établis hors de France, les 4 et 18 juin prochains. Concernant la 7e circonscription dont la Pologne fait partie, vous pourrez retrouver les interviews de l’ensemble des candidats en cliquant ici *. Mais à l’occasion d’un premier déplacement de Philippe Gustin en Pologne, candidat investi par le parti Les Républicains, lepetitjournal.com/Varsovie est allé à sa rencontre pour connaître ses motivations et son programme. Pour compléter votre information, vous pourrez aussi vous rendre à l’Institut Français de Varsovie, jeudi 25 mai à 20h, où Philippe Gustin tiendra une réunion publique. 

Quelle est votre vision du poste ?

Le député est avant tout un élu de la Nation ; il est donc là pour faire la loi. Ensuite, il est celui qui porte la voix de ses électeurs : les Français de l’étranger, qui sont 3 millions aujourd’hui dispersés dans le monde et 110 000 dans les 16 pays de la 7e doivent avoir un représentant capable de parler de leurs préoccupations du quotidien. Le député doit enfin être impliqué dans la vie civique de la société des pays qu’il représente. Son rôle est de faire passer les messages au niveau politique entre les autorités de ces pays et les autorités françaises pour éviter que des sujets de discorde ne se créent ou pour faire avancer certains dossiers.

Photo Philippe Gustin:  © Laurent Bagnis

Qu’est-ce qui fait la différence entre vous et vos adversaires ?  

Une première différence fondamentale tient au fait que je connais très bien la circonscription. J’ai en effet eu la chance de vivre dans 4 pays sur les 16 pendant 2o ans et cela m’a donné une connaissance intime du fonctionnement de ces sociétés. Je possède les codes qui permettent de simplifier la relation, d’aller directement au but et surtout, le plus  important, de sentir ce qui est susceptible de devenir un sujet de discorde. Je pense notamment à la réforme du collège : un sujet purement technique devenu politique qui laissera des traces indélébiles dans la relation France-Allemagne et sur la réciprocité de l’enseignement du français en Allemagne. Le  député de la circonscription aurait dû être le premier à tirer la sonnette d’alarme… !

J’ajouterai que je parle couramment l’allemand, et correctement le hongrois et le roumain et que la connaissance des langues dans le cadre des missions qui incombent à un député des Français de l’étranger ma paraît fondamentale ! C’est en effet une clef qui permet d’ouvrir des portes culturelles et sociétales et de faciliter le dialogue avec les autorités locales.

Quels sont les chantiers auxquels vous vous attaquerez ?

Il y en a 3 principaux : l’éducation, la fiscalité et le consulaire. Le premier, celui qui constitue la préoccupation principale des Français de l’étranger, est l’éducation.  70% des Français de la 7e circonscription n’ont pas accès à l’enseignement qui relève de l’AEFE* pour des raisons géographiques et/ou financières. Il convient donc de développer des scolarisations alternatives dans les établissements locaux à travers la sauvegarde et/ou mise en place de filières francophones intégrées. Plus globalement, il s’agit de revoir complètement le modèle économique de l’AEFE qui, vieux de 30 ans, est à bout de souffle. Alors que le nombre d’élèves augmente tous les ans de 2 à 3%, les moyens de l’Etat, eux, ont baissé de 7% en 5 ans. Ce sont donc les parents qui supportent en moyenne 70% de la charge financière. Je demanderai donc le rétablissement de l’enveloppe budgétaire de 2012. Par ailleurs, le modèle économique actuel consiste à avoir de la maternelle à la terminale des cohortes d’élèves pour être rentable. Or, je suis persuadé que nous avons une marque « lycée français » à construire pour faire face à la concurrence des établissements étrangers ou internationaux, en développant les filières bilingues et en intégrant l’anglais. Il est également nécessaire de lancer un plan global de financement de l’investissement en incluant des acteurs locaux et des structures privées.

J’ajouterai qu’il faut aussi revoir le statut des enseignants de façon à ce qu’ils soient plus mobiles. En revanche, il doit y avoir plus de continuité dans la gouvernance de l’établissement et appliquer une durée de séjour des chefs d’établissement et personnels gestionnaires supérieure à ce qu’elle est actuellement. 

Enfin, je propose de créer un Rectorat des Français de l’étranger qui superviserait tous les aspects pédagogiques et délèguerait la gestion de l’immobilier à l’AEFE ou la MLF, et aux autres structures de droit privé.   

Le deuxième sujet est la fiscalité : la politique menée ces 5 dernières années a consisté à considérer les Français de l’étranger comme des exilés fiscaux et l’idée d’instaurer une taxe a même été proposée par certains candidats à la présidentielle.  Or, il faut rappeler que le système d’imposition français est basé sur la territorialité et non sur la nationalité et donc il faut revenir sur la décision du gouvernement de soumettre à la CSG-RDS les revenus du patrimoine des non-résidents fiscaux. 

La diminution de la présence consulaire est aussi un point qui nécessite des réformes. Il y a toujours plus de Français qui s’installent dans la 7e circonscription (3% de plus par an environ) mais 2/3 ne sont pas inscrits dans les registres consulaires.  Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui des travailleurs immigrés. Or, les consulats ne sont plus  en mesure de mener le même accompagnement social qu’auparavant, et pourtant il est nécessaire. Il faut donc réorienter les missions des consulats pour renforcer cet aspect social et être aussi plus proactif afin que les Français de l’étranger connaissent leurs droits et leurs devoirs. Car souvent, la compréhension du système ne commence qu’en cas de besoin… ! 

En plus de ces 3 sujets majeurs, je me consacrerai à la sécurité en proposant la généralisation du statut d’ilotier et la création d’un guichet unique des entreprises françaises à l’étranger en fusionnant les chambres de commerce et d’industrie et Business France. En effet, je pense que la concurrence actuelle entre différents organisme nuit à l’image de la France. Enfin, il y a différents domaines comme ceux de la culture (accès à la télévision par internet, au livre, au cinéma) ou encore du droit de la famille sur lesquels il faut travailler à des statuts européens tendant vers une convergence.   

*AEFE : Agence pour l’enseignement français à l’étranger

Réunion publique de Philippe Gustin le jeudi 25 mai à 20h à l’Institut Français de Varsovie
Widok 12, 00-023 Warszawa
Tél: +48 22 505 98 00

Laura Giarratana (lepetitjournal.com/Varsovie) – Lundi 22 mai 2017