Témoignage sur l’économie (1)

Une part de plus en plus importante de nos compatriotes s’installe à l’étranger pour créer leur entreprise ou travailler dans une entreprise ayant des intérêts français. Ce premier témoignage émane d’un chef d’entreprise, conseiller du commerce extérieur de la France, installé de longue date en Allemagne. 

  1. Vous avez une longue expérience en tant que chef d’entreprise en Allemagne et de conseiller du commerce extérieur de la France. Avez-vous l’impression que les investisseurs français désireux de s’installer en Allemagne sont aujourd’hui mieux accompagnés qu’hier? 

En toute franchise, je ne sais pas. J’ai surtout l’impression que le problème n’est pas dans l’accompagnement à l’investissement à l’étranger mais bien un problème qu’il convient de gérer en France.

En général, les entreprises françaises (PME) ne sont pas assez fortes (financièrement) pour se lancer à l’export. Elles doivent être solides (financièrement et structurellement) chez elles en France et pourront alors sérieusement aborder l’international.

Leurs dirigeants pourront alors dégager du temps pour réaliser leur projet à l’international. Pris dans les méandres de la bureaucratie, les dirigeants de PME n’ont plus de temps ni d’énergie pour se consacrer à de nouveaux projets.

L’autre problème est celui des banques françaises qui sont beaucoup trop frileuses et ne font pas confiance à leurs clients et ne les accompagnent pas vraiment dans leur projet d’investissement. Culturellement la France est le pays des grands groupes, il parait opportun de se poser la question s’il faut absolument vouloir en faire le pays des PME exportatrices.

  1. Comment percevez-vous l’articulation entre les différents acteurs institutionnels : ambassade, Business France, Chambre, CCEF, s’agissant de l’accompagnement des investisseurs français ?

Je pense sincèrement que chacun essaie de faire en fonction des moyens dont il dispose. Le rôle de l’Ambassade dans les questions économiques n’est certainement pas idiot. Cependant ce n’est pas l’Ambassade qui va faire le travail de terrain. Pour cela il y a des acteurs tels Business France et les CCI à l’étranger. Cependant pour les entreprises françaises il n’est pas toujours très clair qui fait quoi. Quand doivent-elles s’adresser à la CCI à l’étranger et quand doit elle s’adresser à Business France ?

Les CCEF ne sont que des bénévoles et l’accompagnement qu’ils proposent aux entrepreneurs français souhaitant investir en Allemagne ne peut être que couplé avec l’accompagnement fait par Business France ou la Chambre de commerce franco-allemande.

  1. Quelle serait pour vous le schéma d’organisation optimal? 

A mon avis il serait souhaitable d’avoir une sorte de guichet unique en France qui dirigerait alors les entreprises françaises vers les interlocuteurs du pays cible.  Business France devrait s’occuper des investisseurs étrangers en France (anciennement AFII) et les Chambres de Commerce françaises à l’Etranger devraient accompagner les entreprises françaises dans leur démarche d’implantation à l’étranger.  Les entreprises françaises en France sont membres des Chambres de Commerce alors pourquoi ne pas créer des passerelles avec les CCI à l’étranger ? Elles connaissent déjà leurs entreprises membres et sont donc à même d’apprécier les projets d’exportation à leur juste valeur.

  1. Quels seraient à votre avis les freins à lever dans un contexte communautaire en matière fiscale et sociale entre pays membres de l’UE? 

L’UE devrait aller plus vite en ce qui concerne une harmonisation en matière fiscale et sociale. Il est un fait que les disparités existantes entre les différents pays membres de l’UE ne rendent pas l’exercice facile.

Aussi serait-il peut être plus judicieux de faire une UE à deux vitesses. Dans un premier temps faire une harmonisation entre les pays fondateurs et progressivement intégrer les autres pays.

Les pays membres devraient s’entendre sur un système fiscal et social harmonisé. C’est-à-dire le même type d’impôts dans tous les pays et les mêmes assiettes à répartir. Ceci ne veut pas dire que les pays membres devront renoncer à leur souveraineté fiscale et sociale.

Au niveau social, il est urgent d’appliquer les mêmes règles dans tous les pays.

Pour les entreprises les prélèvements sociaux devraient être les mêmes partout. Pour cela j’invite à comparer une fiche de salaire française et une fiche de salaire allemande.