Témoignage sur l’enseignement français à l’étranger (3)

Je vous invite à lire ce dernier témoignage de Véhanouche Balian, une jeune responsable éducation numérique en freelance qui enseigne en français à l’école primaire publique européenne Maerkische Grundschule à Berlin.

Vous intervenez sur un créneau très novateur et spécifique de l’enseignement du français et en français dans un établissement allemand. Pouvez-vous nous décrire en quelques mots votre mission ?

Je mène depuis plusieurs années en tant que responsable Éducation Numérique en freelance, dans une école primaire publique européenne franco-allemande de Berlin, des projets de création numérique sur tablette tactile et sur ordinateur avec des classes de tous les niveaux. Ces projets, en collaboration avec les enseignants, sont en langue française ou bilingues.

Vous aviez déjà eu une expérience professionnelle en France dans votre domaine. En quoi, cette expérience à Berlin est-elle différente et qu’en avez-vous tiré?


J’ai effectivement travaillé durant six ans en collectivité locale en région parisienne en tant que chargée de projet Éducation et Jeune Public. J’y ai mené le programme collaboratif innovant Connectons Nos Écoles dans différentes écoles d’une Communauté d’Agglomération. Chaque année, des classes de CM1-CM2 y ont participé en créant des projets autour des thématiques suivantes : réalité augmentée, « serious gaming » et robotique. Elles ont également communiqué en ligne entre elles sur l’avancée du projet.

Depuis 2012, je vis et travaille à Berlin. Les projets que je développe ont pu voir le jour car la structure de l’équipe pédagogique de l’école est différente de celle en France : composée d’enseignants français et allemands, d’éducateurs et d’animateurs très ouverts à ce type de projets, elle m’a permis de travailler directement au sein de l’école, en contact direct avec le corps enseignant. Je travaille ainsi avec plus de classes et de tous les niveaux.
L’enjeu majeur de ces projets est de mettre les enfants au coeur du processus de création et ainsi leur permettre d’utiliser les outils numériques pas seulement en tant que consommateur mais en tant qu’acteur.

J’ai travaillé en continuité avec les classes qui changeaient de niveau et ai ainsi pu mettre en place des projets de plus en plus ambitieux au fil des ans. J’ai également pu tisser des liens avec les parents des enfants, très intéressés par ces projets et par les ressources numériques que les enfants continuent à utiliser de façon active et créative à la maison.

Les nombreuses demandes de projets de la part des enseignants de l’école me permettent à présent de démarcher des partenariats avec des structures extérieures intéressées par des projets innovants d’Éducation Numérique. Cependant les institutions ne semblent pas encore tout à fait prêtes à financer durablement ces projets.

Comment voyez-vous l’enseignement français et en français à l’étranger dans une dizaine d’années?


Ce serait très intéressant que dans le futur, le développement de projets d’Éducation Numérique bilingues dans leurs dimensions culturelles, historiques et artistiques, ouvre la voie à un rayonnement à l’échelle européenne dans l’idée de travailler sur le sens de l’identité européenne dès l’école primaire.
Dans cette optique, allouer plus de moyens à des projets de création numérique innovants et transdisciplinaires permettrait de fédérer davantage ces projets en renforçant les liens entre les écoles au sein de l’Europe.