« Vous n’avez pas aimé 2016, agissez en 2017! » Ma tribune du 30.12.16

Il est d’usage aux alentours de la Saint-Sylvestre de dresser un bilan de l’année qui s’achève et de prendre de bonnes résolutions pour l’année à venir.

2016, tout comme 2015 laissera un souvenir amer en particulier du fait des événements dramatiques en tout genre que le monde a connu au cours de cette année. Les attentats de Nice, de Saint-Etienne du Rouvray et de Berlin ont franchi, si c’était encore possible une nouvelle étape dans l’horreur du fanatisme en touchant des enfants, un prêtre et des fidèles dans une église, des hommes et des femmes de toute origine, de toute religion revenant d’un feu d’artifice un 14 juillet ou faisant leurs achats sur un marché de Noël à quelques mètres de la Gedächtniskirche, lieu de mémoire chargé de symbole pour le peuple allemand. Les publics et les lieux visés, les modes opératoires d’une banalité diabolique font que désormais tout semble possible partout et à tout moment.

Le Brexit restera aussi comme un événement marquant européen et mondial de l’année 2016. Pour la première fois depuis le début de la construction européenne, les électeurs d’un pays-membre ont décidé de quitter l’Union. Même si les précédents hollandais et français de mai 2005 nous ont appris que les peuples ont tendance à ne pas répondre à la question posée et à utiliser l’arme du referendum pour sanctionner les gouvernements en place, il n’en demeure pas moins que le Brexit ouvre une nouvelle ère du projet européen avec un enjeu crucial, celui purement et simplement de sa survie.

L’élection de Donald Trump a quant à elle déjoué tous les pronostics. Comme pour le Brexit, ou le deuxième tour de l’élection présidentielle autrichienne en mai 2016, les laisser pour compte de la mondialisation se sont exprimés majoritairement en cédant aux tentations populistes d’un repli identitaire.

Le conflit syrien qui au bout de 5 ans a fait plus de 300.000 victimes et 10 millions de déplacés a consacré le rôle central de la Russie et plus accessoirement de la Turquie dans la recherche d’une résolution marginalisant un peu plus encore les Etats-Unis qui ont refusé déjà sous la présidence Obama de jouer en termes de politique étrangère la partition qui leur incombe en tant que première puissance économique mondiale.

En cette fin 2016, le sentiment qui domine au niveau mondial est avant tout l’incertitude. Quelle sera réellement la politique étrangère et/ou économique de Donald Trump ? Quelles seront les conséquences concrètes du Brexit pour l’Europe, mais aussi pour le monde? Comment se redessinera justement dans les années qui viennent ce monde devenu multipolaire où les puissances comme la Chine, la Russie ou la Turquie, nourries de la nostalgie de leur passé impérial respectif, essaieront inévitablement de tirer leurs épingles du jeu dans un mécano géopolitique et économique mondial avec lequel les Etats-Unis de Trump pourraient prendre du champ? Et enfin, dans ce contexte, quel rôle jouera l’Europe dans un concert international où la partition est de plus en plus polyphonique ?

En Europe justement, 2017 sera jalonné de rendez-vous électoraux cruciaux aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, en République tchèque et peut-être en Italie et Grèce qui restent toutes les deux marquées par une fragilité inquiétante de leur système bancaire. C’est aux électeurs européens qu’il appartiendra d’agir pour sauver l’Europe en optant pour des politiques susceptibles de relancer le moteur en panne depuis de nombreuses années et en résistant aux populismes partout à l’affût. La responsabilité des électeurs français et allemands sera prégnante pour éviter une désintégration de l’Union. La France devra en particulier remonter à bord du paquebot communautaire dont l’Allemagne a par défaut pris les commandes depuis quelques temps. Or ni l’Europe, ni la France, ni même l’Allemagne ne peuvent se satisfaire des déséquilibres actuels qui fragilisent un vieux continent qui n’a plus voix au chapitre dans ce monde rempli d’incertitude.

Au-delà de l’avenir de nos propres Etats, c’est bel et bien d’une certaine vision du monde que l’électeur français et allemand devra décider en glissant son bulletin dans l’urne au cours de cette année 2017. Et puisque la période se prête aux vœux et aux bonnes résolutions, fasse que cet enjeu crucial soit bien compris par nos concitoyens et que les débats durant la période pré-électorale abordent de manière très claire aussi cet aspect des choses.

 

Philippe Gustin, préfet, ancien ambassadeur.