« Pour une sécurité européenne » Ma tribune du 24.12.16

Les événements de Berlin et la cavale du présumé auteur des faits à travers l’Europe relancent la polémique sur l’espace Schengen et l’incapacité de l’Union européenne à répondre à la menace de terroristes malgré un renforcement des contrôles aux frontières et un état d’urgence permanent dans un pays comme la France depuis 13 mois. Entre une fermeture hermétique illusoire des frontières, prônée par les populistes et une liberté de circuler non contrôlée, il est sans doute un juste milieu qui se trouve dans un renforcement de la mutualisation des services de police et de justice au niveau communautaire et la création de facto d’une vraie politique de sécurité européenne.

Face à la menace du terrorisme, il convient de rappeler quelques banalités et évidences :

  • même si je conçois que cela puisse choquer en premier lieu les victimes actuelles et surtout potentielles des attentats, le risque 0 en matière de sécurité n’existera jamais sauf à vouloir mettre un policier derrière chaque citoyen. La notion de frontière a par ailleurs été de tout temps toute relative en Europe et l’histoire nous apprend qu’entre la France et l’Allemagne, ou entre la France et l’Italie, les éléments naturels n’ont jamais empêché les délinquants ou les armées de passer en temps de paix, comme en temps de guerre,
  • l’Union européenne s’est construite sur un postulat de base essentiellement inspiré du libéralisme économique mettant en avant la création d’un marché unique assorti de la liberté de circuler et de s’installer dans les différents Etats membres. Les préoccupations sécuritaires ne sont venues que plus tard et de manière prudente car elles supposaient des abandons de souveraineté pour lesquels la plupart des pays de l’espace européen n’étaient et ne sont toujours pas prêts. Une certaine naïveté a conduit à concevoir un espace Schengen dont la garde des frontières extérieures a été confiée aux pays géographiquement concernés, ce qui a longtemps fait peser sur des pays comme la Grèce ou l’Italie, une responsabilité qu’ils n’étaient pas en mesure d’assumer seuls et ce ne sont pas les faibles moyens octroyés à Frontex qui ont pu pallier ces déficiences.
  • les temps ont changé et les menaces qui pèsent sur l’Europe sont à la fois plus intenses et plus sophistiquées. La part du budget respectif des 50 Etats américains versé au budget fédéral avoisine aujourd’hui les 25%, la part du budget des 27 (28 encore) Etats-membres versée au budget de l’Union européenne stagne aux alentours de 1%. Il ne viendrait à l’idée de personne de dire que les Etats-Unis sont pour autant un pays jacobin et centralisé. Ce sont par contre les menaces qui ont pesé sur les USA au cours du siècle passé (les deux guerres mondiales, la prohibition dans les années 20 qui entraîna la création du FBI qui avait vu le jour sous l’impulsion d’un petit neveu de Napoléon 1er, le 11 septembre 2001 …) qui ont au fil du temps rendu acceptables les transferts de souveraineté et les moyens afférents des Etats vers le fédéral.

L’Union européenne est aujourd’hui confrontée au même défi. A l’illusion d’un repli des Etats européens sur eux-mêmes qui ferait in fine le jeu de terroristes qui trouveront toujours le moyen de passer d’un pays à l’autre, j’en appelle à une plus forte intégration de nos polices et justices nationales en se donnant les moyens de construire une vraie politique de sécurité européenne pour améliorer entre autres la mutualisation du renseignement qui est aujourd’hui, encore plus qu’hier la clef pour déjouer les projets d’attentats.

 

Philippe Gustin, préfet, ancien ambassadeur.