« Le succès d’une expatriation se porte en soi » interview d’Henriette DESTREMAU

P1020291Chaque Français de l’étranger rencontré au cours de mes voyages a naturellement, comme tout être humain sa propre histoire faite de hasard, de bonheur mais aussi parfois de difficultés. J’ai décidé de laisser la parole à certains d’entre eux. Lors de mon dernier passage à Budapest, j’ai croisé Henriette DESTREMAU, coach certifiée et formatrice en communication. Nous avons eu des échanges passionnants sur son métier, ses projets et sur la vision qu’elle a, en particulier de l’expatriation vécue par les femmes.

Elle nous livre son expérience …

  1. Henriette, vous avez déjà derrière vous une solide expérience de vie et de travail à l’étranger. Pouvez-vous nous en décrire les grandes lignes ?

J’ai vécu 14 ans hors de France dont une majorité en Amérique du Sud. J’ai travaillé aussi plusieurs années à Paris, en marketing et en relations publiques puis au Pérou (études de marché). J’ai fait aussi des pauses pour m’occuper de ma famille (j’ai six enfants). Je suis formatrice en Communication et depuis 8 ans, j’ai animé des parcours en France, au Brésil et actuellement en Hongrie, soit en français auprès d’un public expatrié, soit en portugais auprès de professionnels et auprès de femmes défavorisées des favelas de Rio.

Parallèlement, je suis coach certifiée et j’accompagne mes clients sur des problématiques de relations Interpersonnelles (transition professionnelle, de leadership, de stress). Je viens de lancer, avec une collègue coach certifiée aussi, et spécialiste de l’expatriation au féminin, un accompagnement pour les expatriés ou conjoints d’expatriés, désirant devenir acteur de leur expatriation ou de leur vie à l’étranger : connaissance de soi, identification de ses besoins et de ce qui fait sens pour soi puis définition de son projet personnel.

  1. En quoi votre histoire personnelle a-t-elle influencé votre carrière professionnelle ?

Ayant habité essentiellement à l’étranger, mon parcours professionnel n’est pas classique. Le visa de résident, tant qu’il n’est pas permanent, limite souvent l’embauche locale. J’ai consacré plusieurs années à ma famille et parallèlement j’ai eu plusieurs engagements bénévoles, en faveur d’enfants des rues à Quito, à Lima et à Rio et auprès de femmes défavorisées et d’autres prostituées. Ces expériences m’ont fortement marquée et j’ai choisi de me lancer dans l’écoute et l’accompagnement et donc de développer mon expertise en communication et en coaching. J’ai élaboré un parcours de formation en communication, adaptée à la culture brésilienne et mis au point, entres autres, une offre en coaching sur les problématiques liées à l’expatriation : je travaille en face à face et par Skype, bien sûr.

3- Qu’est-ce qui fait à votre avis, le succès d’une expatriation ?

Le succès d’une expatriation est en grande partie, intrinsèque : ‘’L‘expatriation de rêve’’ est une expression souvent mise à mal par la réalité vécue. Même si le soleil n’enlève rien à la qualité de vie d’un expatrié, il ne lui donne pas, pour autant, son sens. L’intérêt culturel, le lien avec la population locale, certains avantages financiers (logement, scolarité entre autres) sont des atouts qui permettent de mieux vivre loin de son pays d’origine. Ce sont des facilitateurs d’intégration et de succès mais ils ne constituent pas le coeur de l’épanouissement. Quel est donc le secret des gens heureux ? Comment font-ils pour être heureux partout ? Retrouvent-ils partout, où ils s’installent, les ingrédients de leur bonheur ? Si c’est le cas, quelle chance !

Personnellement, je ne crois pas que ce soit une question de chance. Le succès d’une expatriation se porte en soi, c’est réellement une question de connaissance de soi et de recherche de sens. Et cette recherche … est active, cette expatriation du conjoint ne doit pas être vécue comme une contrainte au risque de porter en elle, la racine d’une position de Victime. Terrain miné pour développer frustration et vide identitaire.

4- Avez-vous vu des évolutions au cours des dernières années s’agissant de la problématique des carrières des femmes françaises à l’étranger ?

Oui bien sûr. Comme le plafond de verre, qui petit à petit se fendille en France, nous observons le même phénomène à l’étranger. De nombreux groupes poussent à la féminisation de leurs cadres. En France comme à l’expatriation, on voit de plus en plus d’hommes, avec le statut de conjoints d’expatriées. En proportion, le nombre de femmes augmente mais, à l’exception des pays émergents, les expatriations sont globalement moins fréquentes puisque la tendance est de trouver les compétences dans la population locale, ce qui pose d’autres problèmes de culture d’entreprise mais ceci est un autre sujet …

5 – Chaque coaching est personnalisé, j’imagine, mais quels conseils donneriez-vous à une jeune -ou moins jeune- Française confrontée à une expatriation ?

Je lui dirais que vivre à l’étranger est une expérience d’une richesse inouïe, à condition qu’elle soit construite. Que ce soit une vie entière à l’étranger ou une étape de quelques années, devenir acteur de son expatriation c’est prendre le temps de projeter une construction : la sienne. Ce n’est pas seulement suivre, c’est aussi vivre, s’épanouir, faire des choix qui vous correspondent. Cela vous évitera d’être à la merci de votre ressenti, de votre manque de reconnaissance, de votre isolement parfois.

Construire son expatriation, c’est :

– mieux se connaitre et prendre conscience de ses propres forces, ses «fondations», identifier ses ressources et ses talents,

– identifier ses valeurs et clarifier ce qui a du sens pour soi,

– choisir enfin de vivre en saisissant les opportunités qui se présentent, en identifiant les ressources complémentaires à acquérir, en créant les conditions d’un épanouissement personnel, en montant un projet qui verra le jour, peut-être plus tard…

Savoir vers quoi l’on tend permet de poser le premier pas, aussi petit soit-il, dans la bonne direction. Construire son expatriation, c’est s’accorder le temps nécessaire pour permettre à ce pas de s’affirmer. C’est oser demander d’être accompagné sur ce chemin, si l’on en ressent le besoin. Que ce soit un poste en entreprise, du bénévolat, une formation complémentaire ou le choix de donner ce temps pour ses enfants : Identifier et Agir, c’est devenir acteur de son expatriation, c’est dire Non à ce qui nous limite et nous entrave, à ce qui nous fait croire que nos ressources se sont envolées !

Définir le fil rouge de sa vie, ce qui est important, ce qui a du sens et va donner du sens à ce qu’on entreprend est la condition d’une vraie adaptation à l étranger : être soi même et devenir soi-même, même loin de chez Soi.

 

Henriette DESTREMAU

contact :

henriette.destremau@me.com

skype : henriette Destremau

Tel : 00 36 70 907 50 97