Ces nouveaux Français de l’étranger: l’exemple des étudiants français en Roumanie

Il aura fallu plusieurs drames au printemps dernier pour que les autorités centrales et la presse française se penchent sur la situation de ces jeunes Français  qui sont plusieurs milliers à suivre des études de médecine , de pharmacie mais aussi dentaires et vétérinaires à Cluj, ainsi que dans d’autres villes de Roumanie (Bucarest, Iasi, Arad, Timisoara, Constanta…) faisant de la France, le deuxième  pays « exportateur » d’étudiants en Roumanie. A la différence des étudiants  passant de quelques mois à un an dans un autre pays européen dans le cadre du désormais bien connu programme Erasmus, ces jeunes gens s’engagent dans des cursus longs pouvant durer jusqu’à 6 ans dont une partie se déroule en langue française. Cette situation fait d’eux des « expatriés » dont la spécificité mérite une attention particulière.

De tout temps, la mobilité d’étudiants a existé (le premier élève étranger de l’Ecole polytechnique au début du XIXème  siècle était né sur le territoire de l’actuelle Roumanie!) mais ce qui change aujourd’hui c’est naturellement la volumétrie. Il conviendrait de se réjouir de ces échanges et pourtant dans le cas des étudiants en Roumanie, les obstacles se multiplient pour compliquer leur parcours. Alors que depuis 2007, date de l’adhésion de la Roumanie a l’Union européenne, on estime à plus de 9000 le nombre de médecins roumains qui se sont installés en France pour pallier les effets de la désertification médicale sans que les Ordres trouvent à y redire, la perspective de voir demain des jeunes praticiens exercer en France après avoir fait une partie de leurs études à l’étranger et a fortiori dans un pays comme la Roumanie n’est toujours pas acceptée ni par lesdits ordres, ni d’ailleurs par les universités françaises censées accueillir les étudiants « expatriés  » à l’issue de leur cycle d’études à l’étranger. Cette hypocrisie coupable a pour victimes directes ces étudiants qui ont choisi de s’expatrier pour mener à bien un projet d’étude et de carrière. Tout est fait pour décrédibiliser ces cursus. Il suffirait ainsi de payer 5000€ par an pour obtenir son diplôme alors que la sélection est très forte à l’entrée (un candidat sur 4 seulement est retenu) et au bout de la deuxième année. En outre, une université comme Cluj qui possède une longue tradition d’enseignement en langues étrangères fait l’objet s’agissant de ses filières médicales de contrôles réguliers par ses pairs membres de l’union des universités francophones.

La prise de conscience suite aux drames du printemps a permis à Cluj des avancées notables avec l’instauration d’une pré -rentrée permettant aux nouveaux étudiants de mieux se préparer à leur expatriation mais aussi avec la mise en place de tutorat des plus jeunes par les plus anciens avec un numéro d’urgence. Des points fondamentaux semblent en passe d’être enfin réglés comme l’accès à la plateforme de préparation SIDES pour les dernières années en médecine. L’institut français, le Consul honoraire se sont beaucoup impliqués pour faciliter l’intégration de ces étudiants dont on peut regretter qu’ils n’aient que très peu d’heures d’apprentissage du roumain dans leur cursus universitaire. J’avais été frappé lors des échanges que j’avais eus avec les promotions (moins nombreuses qu’aujourd’hui ) que j’avais rencontrées lorsque j’étais ambassadeur de France en Roumanie à Cluj ou à Iasi de leur impréparation à l’expatriation mais aussi de leur désarroi face à un système étranger dont ils ne maîtrisaient pas facilement les codes.

C’est toutes choses égales par ailleurs, le même constat que l’on peut faire à la lecture des fora sur les réseaux sociaux dans les groupes  » les Français de …. ». Si, comme je l’ai déjà écrit ici-même, on ne peut que se réjouir du nombre de plus en plus important de jeunes qui choisissent de vivre des projets d’étude  ou professionnels dans d’autres pays européens,  on ne peut que regretter que leur impréparation à l’expatriation puisse conduire à des échecs. C’est certes en forgeant que l’on devient forgeron, mais il vaut toujours mieux prévenir que guérir. La baisse des moyens des structures institutionnelles, singulièrement des consulats (une communauté de 2000 Français justifierait la création à Cluj d’un consulat de plein exercice comme l’avait reconnu l’inspection générale du ministère des affaires étrangères en 2013) doit réinterroger sur le rôle du monde associatif. C’est ainsi qu’à Cluj le club des affaires intervient pour impliquer les jeunes étudiants dans des projets portés par des associations locales pour aider à leur intégration.

Des efforts ont été faits à Cluj pour éviter des drames mais il reste encore beaucoup à faire en particulier dans les autres villes de Roumanie pour accompagner dans leur projet ces jeunes dont certains n’ont pas vingt ans à leur arrivée.  J’ai été heureux d’entendre de la bouche des représentants des corpos que j’ai rencontrés lors de mon séjour à Cluj en décembre que la plupart des étudiants ne regrettaient pas cette expérience. Mieux, ils seraient de plus en plus nombreux à envisager après leurs études d’exercer à l’étranger, preuve heureuse que le virus de la mobilité les a déjà contaminés.