Pour les Viennois, le Clam, c’était la France !

Ironie de l’histoire, le communiqué de presse annonçant la vente du Palais Clam Gallas est tombé un 11 novembre, jour de deuil pour la Nation. C’est en fait la fin d’une époque, la mort d’un symbole plus qu’une page qui se tourne dans les relations souvent tumultueuses entre l’Autriche et la France.

Je vais essayer de faire abstraction du fait que j’ai passé deux ans de ma vie, de 1995 à 1997, dans ce Palais de la République et  taire l’émotion qui m’étreint pour ne m’en tenir qu’aux faits et aux interrogations légitimes que suscite une telle nouvelle.

S’il est vrai que l’Institut français avait quitté le palais Lokowitz pour venir s’installer au Clam en 1981 seulement, il convient de rappeler que ce palais était propriété de la France depuis 1951 après avoir été après guerre le siège du mess des officiers américains dont la zone d’occupation couvrait entre autres le 9éme arrondissement de la ville de Vienne. Situé dans un parc de 5 hectares au coeur de Vienne, le Palais Clam Gallas devint en 1981 avec l’ouverture des bâtiments du lycée construits dans le parc côté Liechstensteinstr un campus français qui s’insérait à merveille dans ce quartier qui regroupe les principales universités de la ville.

Le Clam était donc pour les Viennois, jeunes et moins jeunes mais aussi pour la communauté française installée dans la ville, la France à Vienne, une France ouverte à tous, plus accessible que l’ambassade avec son lycée, sa bibliothèque, ses cours de langue, son cinéma, sa librairie ou son restaurant qui donnait sur le magnifique parc. Certes au fil du temps, le Palais avait perdu de son lustre d’antan, les services offerts allant en diminuant. L’idée de se séparer du Clam, trop cher à entretenir, décalé par rapport à l’image que la diplomatie culturelle de notre pays entend désormais donner, a fait son chemin pour aboutir à cette vente. Cette annonce que tout le monde redoutait depuis quelques mois, même si elle est accompagnée de la nouvelle de l’achat d’une autre implantation laisse perplexe.

 

D’un strict point de vue patrimonial, cette vente s’inscrit dans le programme de désengagement et de recherche de ressources lancé depuis quelques années par le ministère des Affaires étrangères. L’Etat a de tout temps été un piètre gestionnaire de son patrimoine et on peut s’interroger dans le cas viennois sur l’équilibre économique de l’opération. Vendre un palais en mauvais état au coeur de Vienne pour racheter un bâtiment plus excentré dans un quartier moins prestigieux et qui va nécessiter des travaux d’aménagement relève d’un montage discutable. A fortiori si on réfléchit au fonctionnement de la future implantation. A une époque où les dotations de l’Etat fondent comme neige au soleil, les recettes des cours de langue sont de plus en plus la variable d’ajustement incontournable des budgets des instituts. Quiconque connaît Vienne, son offre en termes d’écoles de langue doute du fait que les étudiants qui choisissaient l’institut de la Währingerstr pour y suivre leur cours de français de par sa proximité feront le chemin jusqu’à Praterstr.

 

Toujours dans le registre matériel, la vente du Clam signifie un découpage de la parcelle de 5 ha pour séparer la future ambassade du Qatar du lycée français. Combien coûteront ces travaux et qui les prendra en charge? Sans doute pas le lycée qui vient de découvrir que son fonds de réserve allait faire l’objet d’une ponction d’un million d’Euros par l’agence pour l’enseignement français à l’étranger. Quid d’ailleurs de la perte d’attractivité de ce lycée qui accueille aujourd’hui 1800 élèves et qui va voir son espace vital sérieusement entamé?

 

Quid enfin de la relation franco-autrichienne mise à mal par ce qui ne manquera pas d’être perçu par les autorités de Vienne comme un nouveau désengagement de la « Grande Nation » ? Certes, l’Autriche a elle-même fermé il y a quelques années déjà son institut à Paris. Il n’en demeure pas moins que la vente du Clam sera ressentie comme une trahison quand on sait à quel point les Autrichiens considéraient ce palais comme un bâtiment « partagé » avec la France. Outil culturel d’un pays européen, ce morceau du patrimoine viennois restait ouvert au public. Il n’en sera plus de même quand il abritera l’ambassade du Qatar.

 

Pour conclure qu’il me soit permis d’espérer que je me trompe dans mon analyse. Je le souhaite pour mes amis viennois mais aussi pour tous les agents de l’Institut français qui pour certains s’impliquent depuis de longues années avec dévouement et abnégation au service des relations culturelles franco-autrichiennes. J’espère de tout coeur enfin que ce déménagement ne servira pas de prétexte à une restructuration qui conduirait à se séparer de ceux qui au quotidien faisaient tourner le Clam.

Visuel : « Palais Clam-Gallas Vienna April 2007 » par Gryffindor — Travail personnel.