Qui sont les Français de l’étranger ?

(Ce point de vue s’appuie sur les échanges que j’ai pu avoir au cours du périple que j’ai engagé depuis le mois de mai dernier dans la 7ème circonscription des Français de l’étranger.)

Forte de près de 3 millions d’individus, la communauté des Français établis hors de France constitue ainsi la première entité de population française avant Paris. Pourtant du fait de leur dispersion sur la planète entière, les Français de l’étranger ne sont pas – encore – constitués en groupe de pression. Bien que représentés par quelques 90 élus à l’Assemblée des Français de l’Etranger, 11 députés et 12 sénateurs, ils demeurent des citoyens anonymes, silencieux et méconnus de leurs compatriotes de France. Pour les Français de France, le Français de l’étranger est souvent assimilé aux acteurs, chanteurs ou managers de haut vol : a minima riche et exilé fiscal, au pire traitre à sa patrie voire colonialiste…

La réalité est naturellement toute autre et l’accélération des migrations au cours des dernières années a profondément modifié la typologie de cette communauté. Les expatriés qui passaient trois ou quatre ans dans un pays donné dans le cadre d’une mission proposée par leur employeur existent encore mais pour ce qui est de l’Europe en particulier, ils sont désormais clairement minoritaires.

L’expatriation : toujours un choix volontaire ?

La majorité des Français établis hors de France est aujourd’hui de plus en plus constituée de personnes qui font le choix de vivre, à titre personnel et professionnel, tout ou partie de leur existence dans un pays étranger où ils s’établissent, se marient, travaillent et s’intègrent dans la société locale. Parmi ces Français, on compte de plus en plus de compatriotes binationaux qui peuvent constituer selon les pays une proportion non négligeable de la communauté.

Une nouvelle catégorie émerge en particulier dans les pays européens. Elle est constituée de jeunes gens auto-entrepreneurs, entrepreneurs individuels, chômeurs ou étudiants qui viennent tenter leur chance dans des pays qui connaissent le plein emploi et/ou une croissance porteuse. Si tant est que le pays d’accueil se trouve en zones Euro et Schengen, ces jeunes « Européens » conçoivent leur expatriation au départ au même titre qu’un simple déménagement en France. Ils sont très vite rattrapés par la réalité d’une autre langue, d’une autre culture et de mentalités différentes.

Cette nouvelle typologie n’est pas sans créer des bouleversements profonds dans la manière de vivre l’expatriation. Une volumétrie plus importante, une dispersion plus forte doublée d’une incapacité des institutions à offrir les structures adéquates dans le domaine scolaire par exemple, conduisent une partie non négligeable de nos compatriotes à s’intégrer dans la société locale, à envoyer leurs enfants dans les écoles du pays, à exercer des mandats associatifs voire électifs locaux…

Pour la catégorie la plus récente et la plus jeune, la vie peut parfois même être « hors sol « , surtout pour ceux qui n’envisagent leur expatriation que comme une expérience passagère: la maîtrise de la langue du pays ne devient ainsi plus une exigence, l’anglais servant de langue véhiculaire, les réseaux sociaux permettant de constituer des communautés d’intérêt en fonction des affinités. Dans l’un et l’autre cas, les repères traditionnels que pouvaient être pour les Français de l’étranger, l’école française, les services de l’ambassade et du consulat ou les associations sont battus en brèche d’autant que ces institutions connaissent souvent une baisse de leurs moyens.

Des attentes très souvent éloignées des préoccupations de la métropole

Dans ce contexte multiforme, il est ardu de résumer les attentes de nos compatriotes de l’étranger. Pourtant le constat est des plus clairs: ils souhaiteraient être mieux considérés par la communauté nationale et sa classe politique. Parce qu’ils peuvent faire preuve d’une distance salutaire à l’égard de la situation politique en France mais aussi parce qu’ils vivent souvent au quotidien un autre mode de fonctionnement de la politique et de la société, ils aimeraient être plus entendus, en particulier en tant qu’acteurs d’un parangonnage permanent.

Par ailleurs, ils sont conscients de l’évolution des préoccupations de leur communauté : quel avenir pour le réseau des écoles françaises auxquelles une part non négligeable d’entre eux est très attachée ? Quel impact des politiques fiscales menées par le gouvernement français sur leur patrimoine en France ? Quel avenir en termes de retraite en particulier pour ceux qui ont eu des carrières alternées dans plusieurs pays ? Quelle convergence du droit de la famille pour les couples binationaux en particulier s’agissant des procédures du divorce et de la garde des enfants ?

On pourrait multiplier à l’envi les sujets spécifiques qui concernent toutefois près de 5% de la population française et qui ne serait-ce que pour cela méritent d’ être pris en considération dans les projets politiques qui seront élaborés dans la perspective des futures échéances électorales de 2017.