Quel avenir pour l’enseignement français à l’étranger ?

 

Mettez des Français autour d’une table et vous êtes certains qu’ils parleront de gastronomie, de politique ou… d’éducation. C’est particulièrement vrai à l’étranger où la question de l’éducation des enfants est souvent une des conditions sine qua non de la réussite ou de la poursuite de l’expatriation. La façon d’appréhender les choses est naturellement différente pour le cadre d’une entreprise française envoyé pour une période limitée à l’étranger et pour le ressortissant français qui s’installe de manière plus durable dans un autre pays souvent du fait du mariage. Les réponses apportées par les uns et les autres sont ainsi très diverses et vont du célibat géographique pendant la durée de l’expatriation à l’intégration totale des enfants dans le système éducatif local en passant par la scolarisation dans les établissements français à l’étranger quand ils existent.

Le temps, l’histoire ont façonné un dispositif d’éducation français à l’étranger qui est caractérisé par une sédimentation peu lisible pour le commun des mortels. La multiplicité des acteurs (Agence pour l’enseignement français à l’étranger, mission laïque, homologation, classes bilingues, dispositif flam…) des statuts (conventionnement, régie directe, associatif de droit local, reconnaissance par les autorités éducatives du pays…) rendent le système illisible. La finalité même des établissements relevant de l’Agence par exemple en est affectée : s’agit-il toujours de scolariser les enfants de nos compatriotes installés à l’étranger ou avons-nous affaire à un des multiples outils de notre politique d’influence culturelle et éducative ? S’agissant de l’Agence toujours, la tutelle du ministère des Affaires étrangères signifie clairement que le rayonnement diplomatique passe avant la préoccupation d’un service public d’éducation.

Cette approche conduit malheureusement nos compatriotes qui ont fait le choix de la scolarisation de leurs enfants dans un établissement français de l’Agence par exemple à être confronté de plus en plus à un choix cornélien. La mise en place du nouveau système de bourses exclut de facto les élèves issus des classes moyennes, en particulier lorsqu’ils relèvent d’une fratrie nombreuse. On constate aussi par ailleurs que le modèle économique est à bout de souffle et que même là où les autorités locales contribuent au financement de l’établissement, la lourdeur administrative des process induits par le fonctionnement de l’Agence handicape la liberté d’action des équipes locales.

J’en appelle donc à une remise à plat de l’ensemble du système en définissant clairement l’objectif simple qui doit être de permettre aux parents établis hors de France qui le souhaitent de scolariser leurs enfants dans des conditions satisfaisantes sans mettre en péril l’équilibre économique des établissements. Cela passe par la mise en place d’un vrai service public d’éducation à l’étranger qui doit parallèlement dans les pays où c’est possible, et en premier lieu dans l’Union européenne, trouver les voies et moyens d’une meilleure articulation avec les établissements scolaires de droit local. C’est à ce prix que l’on pourra assurer un avenir serein à un système que la plupart de nos partenaires nous envie.